Licenciement pour absence injustifiée après un arrêt maladie : la Cour de cassation change de cap

Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Licenciement pour absence injustifiée après un arrêt maladie : la Cour de cassation change de cap
Hier
Licenciement pour absence injustifiée après un arrêt maladie : la Cour de cassation change de cap
La Cour de cassation change sa jurisprudence : sans visite médicale de reprise, l’absence du salarié ne peut plus justifier un licenciement.

Par un arrêt du 14 janvier 2026, la Cour de cassation change de cap et apporte une clarification importante en matière de gestion des absences à l’issue d’un arrêt de travail.

Cette décision concerne à la fois les droits des salariés et les obligations des employeurs.

Désormais, un salarié ne peut plus être licencié pour absence injustifiée à l’issue d’un arrêt de travail si l’employeur n’a pas organisé de visite médicale de reprise, dès lors qu’il connaît la date de fin de l’arrêt.

Cette solution, très protectrice pour le salarié, impose aux employeurs et aux directions des ressources humaines de repenser leurs pratiques et de sécuriser leurs procédures internes. 

1. Le cadre juridique de la visite médicale de reprise

En application de l’article R. 4624-31 du Code du travail, une visite médicale de reprise est obligatoire notamment après :

  • Après un congé de maternité ;
  • Après une absence pour cause de maladie professionnelle ;
  • Après une absence d'au moins trente jours pour cause d'accident du travail ;
  •  Après une absence d'au moins soixante jours pour cause de maladie ou d'accident non professionnel.

Cette visite a pour objet de vérifier l’aptitude du salarié à reprendre son poste et, le cas échéant, de proposer des aménagements ou un reclassement.

Sur le plan juridique, la visite de reprise constitue également un événement clé : elle met fin à la suspension du contrat de travail.

 2. L’ancienne jurisprudence : une tolérance pour l’employeur

Avant l’arrêt du 14 janvier 2026, la Cour de cassation admettait que l’employeur ne soit pas tenu d’organiser la visite de reprise lorsque, à l’issue de son arrêt de travail, le salarié :

  • ne se manifestait pas,
  • ne reprenait pas son poste,
  • et ne répondait pas aux demandes de l’employeur de reprendre le travail ou de justifier son absence.

Dans ce contexte, l’absence prolongée du salarié pouvait être qualifiée d’injustifiée et justifier un licenciement disciplinaire (Cass. soc., 16 mai 2018, n° 16-18.586 ; Cass. soc., 18 mars 2020, n° 18-19.849).

Cette jurisprudence offrait aux employeurs une marge de manœuvre opérationnelle face à des situations de silence total du salarié.

3. L’arrêt du 14 janvier 2026 : un changement de cap

Dans l’arrêt du 14 janvier 2026, la Cour de cassation adopte une lecture radicalement différente.

Les faits 

À l’issue de son arrêt de travail, un salarié ne reprend pas son poste. L’employeur, informé de la date de fin de l’arrêt, lui adresse plusieurs courriers et mises en demeure restés sans réponse. 

Sans organiser de visite médicale de reprise, l’employeur prononce un licenciement pour absence injustifiée

La position de la Cour de cassation 

La Cour de cassation censure la décision des juges du fond et retient que la connaissance par l’employeur de la date de fin de l’arrêt de travail fait naître l’obligation d’organiser la visite médicale de reprise

À défaut : 

  • le contrat de travail demeure suspendu,
  • le salarié ne peut pas être considéré en absence injustifiée,
  • le licenciement est dépourvu de cause réelle et sérieuse.

Peu importe que le salarié soit resté silencieux pendant plusieurs semaines ou qu’il n’ait pas répondu aux sollicitations de l’employeur.  

4. Une solution très protectrice 

La Cour fait désormais peser sur l’employeur une obligation renforcée, indépendamment de l’attitude du salarié, au nom de la protection de la santé et de la sécurité au travail. 

5. Conséquences pratiques pour les acteurs de la relation de travail 

L’enseignement de cet arrêt est clair : l’absence de visite médicale de reprise est désormais un verrou juridique

Mettre en place un process automatique

Toute fin d’arrêt de travail connue doit déclencher : 

  • l’identification immédiate de l’obligation de visite de reprise,
  • la convocation formalisée du salarié,
  • la conservation des preuves d’envoi.

Ne pas engager de procédure disciplinaire trop tôt 

Un licenciement pour absence injustifiée, une mise à pied ou toute sanction disciplinaire engagée avant l’organisation de la visite de reprise expose l’employeur à un risque contentieux élevé. 

Sécuriser les dossiers prud’homaux 

En cas de contentieux, l’employeur devra être en mesure de démontrer qu’il a pris l’initiative effective d’organiser la visite de reprise. 

Pour les salariés : 

  • la visite de reprise constitue une garantie essentielle lors du retour au travail ;
  • tant qu’elle n’a pas eu lieu, le contrat demeure suspendu ;
  • la reprise effective du travail s’inscrit dans un cadre médicalisé et sécurisé.

6. Conclusion : une vigilance accrue indispensable

Par cet arrêt du 14 janvier 2026, la Cour de cassation adresse un message clair aux employeurs : la visite médicale de reprise n’est plus une formalité secondaire, mais une étape structurante du droit disciplinaire

Dans un contexte de contentieux prud’homal accru, l’anticipation et la formalisation des procédures RH deviennent essentielles pour sécuriser les décisions de gestion du personnel.

 

Vous êtes employeur ou DRH et vous vous interrogez sur la sécurisation d’un licenciement ou la gestion d’une absence prolongée ? Un accompagnement juridique en amont permet souvent d’éviter un contentieux coûteux.

 

Vous êtes salarié et vous vous interrogez sur vos droits à l’issue d’un arrêt de travail ou sur la légitimité d’une procédure disciplinaire engagée à votre encontre ?
Un accompagnement juridique en amont permet souvent de clarifier votre situation, de faire valoir vos droits et d’éviter un contentieux long et incertain.

 

Cass. soc., 14 janv. 2026, n° 24-19.652